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Adolfo Carabelli – Un oubli injustifiable

carab

1893/1947
Son nom est resté un peu dans l’oubli. Sa part dans l’histoire du tango est parfois méconnue, souvent elle n’est pas considérée à sa juste valeur.

Pianiste et compositeur, musicien de solide formation, probablement l’un des plus importantes de l’histoire du tango et à plus fort raison alors, dans ces années où le tango se consolide, se développe et s’enrichi de tant d’apports, surtout de la ferveur populaire.

Carabelli, l’on peut dire, est né musicien. Dès son plus bas âge il fait des études très approfondis de piano et, à 15 ans, il donne déjà des concerts (musique classique comme c’était le cas alors) dans des salles à Buenos Aires. Ce virtuose faisait l’admiration des musiciens et des professeurs. Ainsi il continuera à se perfectionner en Europe où il va se diplômer en Maître Compositeur.

De retour en Argentine, en raison de l’éclatement de la guerre en Europe, il fera partie de formations de musique classique et, suite à sa rencontre avec le pianiste Lipoff qui lui fait découvrir le jazz, Carabelli devient très attiré par cette musique. Il va donc se consacrer au jazz et créer une première formation, la River Jazz Band.

Figure remarquable et remarquée du monde de la musique, la maison d’édition discographique Victor l’engage comme directeur artistique, lui demandant la création d’un orchestre qui va alterner le jazz et la musique typique (tipica), c’est-à-dire : locale. Avec l’incorporation de Carabelli au label Victor, celui-ci va connaître un développement qualitatif très important. Ainsi les meilleurs musiciens sont détectés et commencent à enregistrer chez Victor.

Carabelli avait son propre orchestre où les rythmes locaux n’avaient pas eu une place de choix jusqu’en 1931 où, alors, on peut identifier sa formation en tant qu’orchestre consacrée au tango. Bien entendu, cet orchestre compte avec des grands musiciens. Citons parmi eux les bandonéonistes Ciriaco Ortiz, Luis Petrucelli ; le violoniste Emilio Vardaro ainsi que des chanteurs qui restent parmi les voix mythiques du tango comme celles de Charlo ou Mercedes Simone.

Mais le travail développé par Carabelli a aussi à faire avec un grand moment du tango : la création de la Orquesta Tipica Victor. Vers la fin des années 1920 le tango avait acquis ses lettres de noblesse, bien qu’il continuera à grandir, et que le public ne cesse pas de croître à vue d’œil. Le tango était déjà bel et bien une musique populaire et massive, avec laquelle l’on s’identifie et il avait trouvé, même ailleurs, en Europe, un espace et des suiveurs. Néanmoins, il était rare de trouver, dans une même formation de musiciens de grande qualité pour pouvoir enregistrer un groupe quelconque.

La maison Victor, consciente du marché qui s’ouvrait pour le tango, se donne à la tâche de créer un orchestre qui réunit les meilleurs musiciens. Carabelli joue un rôle déterminant dans cette démarche et il sera ensuite le directeur de cet orchestre bien que son nom ne figure pas sur l’étiquette des disques. Cette formation avait l’interdiction, par contrat, de jouer en public. Pour les représentations Carabelli dirige un autre orchestre.

La carrière de Carabelli finira d’une manière un peu dramatique. Il va connaître un moment de chute, émotionnelle l’on a dit, vers la fin des années 1930, ses enregistrements deviennent de plus en plus rares, et son employeur, la maison Victor finira par le licencier en 1940. Depuis et jusqu’à sa mort en 1947, il se retire dans sa maison de San Fernando, province de Buenos Aires, et donne de cours de piano.

Justice doit être rendue, et hommage, à ce talentueux artiste qui a tant fait pour le tango, dans ces années fabuleuses qui vont de 1920 à 1940, quand la passion des musiciens remplaçait parfois les imperfections dues au manque d’apprentissage, où l’intuition liée au talent naturel a permis que cette musique en devienne une à part entière, aimée d’un peuple puis d’autres, qu’elle soit aussi émouvante que brillante, qu’au bout d’un bon siècle de succès elle en connaisse toujours les faveurs d’un public, aujourd’hui universel.

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