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Marcelo Rojas – Un DJ au regard alerte

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Marcelo Rojas – DJ argentin

Le public européen connaît de plus en plus ce DJ argentin qui, depuis quelques années se retrouve aux commandes des plus belles et importantes soirées tangos du continent. D’autres le connaissent depuis plus longtemps, ceux qui arpentent les milongas de Buenos Aires. D’autres le connaissent aussi par son travail à la Radio Tango de Buenos Aires, la 2×4

 

Entretien entre Marcelo Rojas (MR) et Bernardo Nudelman (BN)

 

BN: Comment est tu arrivé au tango et à musicaliser des milongas ?

MR: Il y a un peu plus de 20 ans je travaillé au bar d’une milonga. Un soir le DJ qui devait l’animer n’a pas pu venir et on m’a demandé de le remplacer. J’écoutais de nombreuses autres musiques mais en raison de mon travail chaque soir de milonga j’écoutais des tangos. J’ai alors remplacé le DJ et je suis devenu à mon tour DJ Tango.
Progressivement j’ai travaillé pour maîtriser ma nouvelle fonction, j’écoutais beaucoup, je prenais des notes, je voyais ce que les gens aimaient, et j’ai pris goût.
Au début je passé la musique sur K7, t’imagines tu ? Mais, je dois reconnaître que le tango ne m’était pas méconnu, comme pour nombreux de ma génération, car je suis né dans l’un des quartiers où le tango s’était installé, le quartier de La Boca, ce qui a dû éduquer mon oreille de gamin et qui m’a était utile plus tard, quand je suis devenu DJ tango.

BN: Aujourd’hui, la musique que l’on passe, majoritairement, dans les bals est celle des enregistrements d’orchestres qui ont disparu, physiquement. Ceux qui apprennent à danser le tango le font avec Di Sarli, Pugliese, D’Arienzo … Qu’est qu’il apporte tout ce <i>capital tango</i>, cette histoire si riche qui a eu lieu dans un autre contexte historique et sociologique ?

MR: Il ne faut pas oublier que le tango est un, avec une histoire grandiose. Actuellement nous avons le phénomène du retour du bal, ce qui amène le retour de la musique qui a fait les délices des danseurs de ceux époques de gloire, quant le tango avait un contenu sociale, jusqu’aux années 1950. Aujourd’hui je constate que le tango a du mal à refléter notre société, il y a une distance entre le texte et le public. J’espère que cette difficulté sera résolue et que le tango dira, à nouveau, la réalité que les gens vivent.

BN: … qu’y a t’-l de la présence de l’orchestre au sein du bal ? Quelle est l’importance de la musique vivante pour le bal, et pour le tango destiné à la piste ?

MR: Je suis partisan que dans les milongas l’on écoute les grands orchestres d’autrefois et celles qui surgissent actuellement. Quand il y a 11 ans j’animais la milonga de jeudi de la Confiteria Ideal, j’invitais de temps en temps un orchestres. N’oublis pas que je fréquente, quotidiennement, des musiciens de tango à la radio, la 2×4, où je travaille. Par ailleurs, dans ma manière de musicaliser une milonga je ne cesse pas de passer des orchestres actuels. Ceux-ci je les organise en deux catégories : les evocatifs (Misteriosa Buenos Aires, La Juan D’Arienzo, Sexteto Milonguero …) et les créatifs Amores de Tango, Roberto Siri…). Et souvent je passe du tango électronique qu’il me semble avoir apporté une certaine rénovation au bal.

BN: Que peux tu nous dire de cette époque des bals où l’orchestre joué plus d’une heure par rapport à la notre où la structure est plus stable, probablement un brin rigide, avec tanda-cortina-tanda … ?

MR: Hier comme aujourd’hui les gens vont au bal pour se retrouver, pour s’amuser, parce qu’ils s’identifient au tango et avec cette pratique sociale. Les gens, autrefois, dansaient avec un orchestre de tango et ensuite une autre venait et proposé d’autres rythmes (jazz, musique latino-américaine, ou d’autres). Ensuite est apparu la structure avec laquelle l’on danse aujourd’hui, celle de tandas et cortinas. Conscient que les gens vont au bal pour s’amuser je choisis ma musique dans cet objectif. Ensuite je l’adapte, en fonction du type de public, de l’espace physique, de la durée du bal, de la relation hommes-femmes y parfois même de la température de la salle, ce qui signifie que j’essaie de gérer l’instant avec plusieurs paramètres. Je souhaite toujours offrir une musique variée, parfois dans une même tanda, par exemple je peux proposer une série de vielles milongas de plusieurs orchestres, ou une série de tangos d’orchestres actuels en proposant 4 orchestres différents.

BN: En t’écoutant, je constate que ton travail de DJ est basé sur l’observation qui vont gérer ton offre musicale. Quels sont les critères dominants dans ton travail ?

MR: Comme je le disais, ne pas passer systématiquement une tanda d’un seul et même orchestre. Je prends en compte l’intensité que je veux donner, soit en gardant un seul orchestre soit en l’alternant avec un autre. Je passe de la musique aussi par thématique d’orchestres ou des styles et j’ai toujours comme miroir l’époque où le tango était une passion populaire. La milonga est un tout, celui qui danse et celui qui ne danse pas. Je passe de la musique pour tout le monde qui fréquente la milonga. Quand je musicalise dans la rue il y a 300 personnes qui dansent et 600 qui regardent. Tous font partie de la milonga.

BN: … veux-tu ajouter quelque chose d’autre ?

MR: Je voudrais dire que le tango a 90 ans, un passé, un présent. Que le tango donne, dans mon travail de DJ, la possibilité de parcourir le monde et de le raconter avec ma musique. Ce qui se trouve au sein du tango est une totalité. Il me faut avoir à l’esprit, toujours, quel public j’ai chaque soir.

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