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Murat Erdemsel – Autour de la danse du tango et de son apprentissage

emsalemBernardo Nudelman: Le tango est de retour, partout dans le monde. D’après vous, pourquoi les gens veulent danser le tango ?

Murat Erdemsel: Parce que le tango est l’une des activités récréatives qui a affaire à des aspects importants de nos vies. Des aspects qui concernent notre propre conscience, ceux du partenaire d’autre sexe, la musique, le mouvement et les autres danseurs avec qui on partage l’espace. Le Tango, avec tous ces éléments, continuera à être bien reçu.
BN: Vous et Michelle, votre partenaire, enseignent le tango de salon, celui de la piste de danse. Que pouvez-vous dire à ceux qui veulent commencer à danser le tango et qui pensent que c’est une danse difficile ?

ME: Le tango n’est pas une danse difficile. Jusqu’à il y a quelques années elle a été peu introduite. N’importe qui peut danser. Néanmoins on ne peut pas devenir un grand danseur mais un grand danseur peut surgir chez n’importe qui. Ceux qui veulent commencer à danser le tango, souffrent généralement de ne pas être socialement acceptés par les autres danseurs dans les milongas et les cours.
Le déclic est courant dans le tango, il peut facilement intimider et mettre à la marge les nouveaux danseurs. C’est la raison majeure que l’on tire aux USA du plus important festival, de la cause de l’abandon du tango par les danseurs débutants. Je la tiens pour la raison principale.
Les débutants ne connaissent pas encore la musique, ils ne connaissent non plus les pas et ne sont pas en mesure de se comparer à leurs professeurs. C’est choquant mais c’est un fait très significatif que la qualité de l’enseignement peut aussi faire que les débutants abandonnent le tango, lesquels, par ailleurs, sont à même de ressentir s’il son inclus ou exclus du groupe.
Un avertissement que je peux donner aux nouveaux danseurs est de se faire vite des copains. S’ils peuvent rentrer dans l’espace social et s’insérer en toute honnêteté et empathie, la suite sera facile. Les nouveaux venus au tango doivent être chaleureusement accueillis dans les cours et les milongas; c’est notre rôle d’enseignants et d’organisateurs de créer, pour eux, cet environnement.

BN: Vous enseignez dans différents pays, donc dans différents contextes culturels. Qu’y-t-il de commun dans la manière d’apprendre et de danser entre Italiens, Nord-américains, Argentins …. ?

ME: Je travaille majoritairement en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie, où le tango est très populaire. J’ai appris à ne pas comparer les cultures entre elles, sauf pour dialoguer ou pour blaguer, ou des choses comme ça.
Des cultures différentes amènent à apprendre différemment, l’on danse de manières différentes pour que la danse convienne à chacun. Le tango n’est pas ‘un pull qui va à tous et chacun’. Tant que sa polyvalence est bien comprise, nous, les professeurs et les organisateurs, devons trouver des voies pour rassembler, dans les festivals, les danseurs les uns avec les autres, sans les assommer.
Les différences doivent être comprises dès que les danseurs sont conscients de la chance de rencontrer d’autres danseurs et de danser à l’intérieur d’un sol partagé.

BN: La danse tango, comme sa musique, a connue différents périodes. Nous pouvons dire qu’elle change en relation à l’environnement social, à l’évolution musicale, même en raison de l’évolution de la taille physique des milongas. Nous avons aujourd’hui, surtout, la base du tango des années 1940. Maintenant, l’environnement est bien différent, la réalité sociologique aussi, alors: quel type de danse tango peut s’adapter à notre époque ?

ME: Il y a déjà un style de danse qui s’adapte naturellement à notre époque, nous ne perdons rien avec ceci. La plupart des danseurs expérimentes apprécient le style des années 1930 et 1940, le tango traditionnel. Ce style va s’amplifier, bien plus que pendant les 20 dernières années.
Nous n’avons pas besoin de chercher un style différent qui puisse représenter notre époque. Ce que nous faisons est ce que nous faisons aujourd’hui, tout simplement. La danse tango a un développement lent par rapport à la musique et elle restera, encore, tel quelle jusqu’à ce que les nouvelles formations proposent une musique meilleure que celle de Canaro, Di Sarli…
Comme vous pouvez le constater, 90% de la mode passagère du tango-nuevo et du tango électro n’a pas été si bien acceptée, même avec l’augmentation des milongas, et cela se fane au sein des groupes qui ont de plus en plus d’expérience.

BN : Qu’est-ce que vous voudriez poser comme question et quelle réponse donneriez-vous ?

ME: Je pose une question: Depuis 6-8 ans les marathons tangos sont devenues plus populaires que les festivals, qu’offrent en plus des bals, des milongas, et des ateliers. Que feront-ils les nouveaux enseignants dans l’avenir, quand un nombre important de danseurs vont remplir les milongas, en comparaison aux nombre d’élèves qui viennent prendre de cours ? Je propose une réponse:Les ateliers doivent être redessinés pour les danseurs qui vont souvent aux milongas et aux marathons. Il y a beaucoup à éliminer dans le contenu des ateliers où l’on ralenti l’expérience dans l’apprentissage par le danseur. Des pas et des ‘abrazos’ inutilisables, des mouvements et des gestes hors-musique, qui posent des problèmes dans des pistes bondées. Il y a du travail, et les jeunes professeurs doivent s’investir: travailler la musicalité, la dynamique dans la circulation sur la piste. Comme les choses semblent se présenter, la musique du tango traditionnel est là pour rester, et il y aura de plus en plus de monde qui ira danser dans les milongas, d’année en année.

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