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Le tango – Cette voix chaude, puissante

Si le tango a produit, en si peu de temps, un nombre aussi considérable, et de qualité, de poètes et de chanteurs, alors il y a à prêter une attention particulière à ce phénomène.

Si, pendant ces années d’or, comme on les a nommées, qui vont plus ou moins du milieu des années 1930 au début des années 1950, époque d’or pour l’évolution que le tango a connu, mais surtout pour la popularité qu’il a atteint alors, les orchestres de tango donnaient tous une place aux chanteurs et aucune formation n’allait sans voix au bal, alors, alors, ce phenomène semble être très parlant.

De quoi peut-il parler ? Pourquoi la voix et la parole ont eu cette place, cette dynamique, cette importance ?

Sans doute qu’il y a maintes hypothèses à développer. Parmi celles-ci la nécessité de pouvoir comprendre ce conglomérat que fut Buenos Aires à cette époque où elle se construisait, mais pas uniquement en bâtiments et rues mais aussi dans sa nouvelle nature, dans cette personnalité qui apparaissait alors après les profondes secousses sociales et démographiques.

La parole vient dessiner ce qui remplit l’âme des individus et trace ainsi la carte d’un espace partagé qui deviendra ainsi de plus en plus visible.

Les poètes, les uns ayant comme motif dominant dans leurs textes, les problématiques individuelles, souvent d’ordre existentielle; d’autres les réalités sociales où l’espoir faisait parfois corps avec le désenchantement.

Le tango a, dans le sens le plus large, chanté à ce peuple qui allait l’adopter. Le tango a, aussi dans le sens le plus large, contribué à dire un ensemble hétéroclite, à le clarifier.

La voix disait ce que le poète avait capté. La voix venait, comme la <i>Golondrina</i> (l’hirondelle) que chanta Gardel, survoler un espace rempli d’ailleurs pour construire et consolider un ici.

Les voix qui ont dit le tango, des poètes: Contursi, Manzi, Exposito, Cadicamo….; des chanteurs: Fama, Echagüe, Ortiz, Marino…., toutes ces voix tissent une toile, belle, puissante, solide.

La parole aussi bien écrite que chantée, a eu dans le tango un rôle déterminant pour la consolidation de cette culture.
Il y a sans doute un lien avec la vie des campagnes où le <i>payador</i> (barde, troubadour) était une figure notoire, car nous trouvons, vers la fin du 19èmè siècle, et ce phénomène continuera au début du 20ème, des <i>payadores</i> urbains: Gabino Ezeiza, J. Bettinotti, I. Corsini, et même Rosita Quiroga, qui était aussi dans cette lignée.

Aujourd’hui nous voyons, peu à peu, réapparaître le chanteur dans certaines formations, en particulier pour le bal. Bon signe sans doute, en marge d’être une connexion directe avec la grande histoire du tango pour le bal, ce qui coïncide avec sa grande évolution et popularité. Peut-être, comme quelques uns l’affirment, et sans doute avec raison, que le tango ne peut redevenir populaire qu’à condition qu’il y ait de la chanson.

Bernardo Nudelman

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