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Ramiro Gallo – Du tango, toujours du tango

Le tango a déjà, au bout d’un bon siècle de succès, un parcours qui pèse de son poids.

Ainsi nous avons assisté aux évolutions des instruments et de l’orchestration. Nous avons vu des interprètes et des compositeurs proposer un tango pour les danseurs, puis pour l’écoute et les grandes scènes.

Des poètes se sont mis à dire ce que ce peuple en formation devait entendre pour ne pas aller en déroute, pour n’être qu’un et savoir comment se parler.

Vinrent les époques du 4×4, du 2×4; aux mélodies noires suivirent les apports européens, puis le jazz intéressera nombre de compositeurs et trouvera une place dans des compositions souvent splendides. Aux premiers musiciens succédèrent une foule d’autres. Aux Bardi, Arolas, vont suivre les Calo, Laurenz, Fresedo, Canaro.. puis De Caro, Di Sarli, D’Arienzo, Pugliese….
Et quand le tango trouve d’autres espaces que celui du bal, il se donne dans une nouvelle amplitude avec Salgan, Piazzolla, Rovira… Aux grandes époques du bal, de 1930 à fin 1950 ont suivi les époques du concert et de la TV.

Grand passé, lourd héritage. Lourd et en même temps plein de matière.

Mais pour les musiciens qui souhaitèrent, après les années 1970, plutôt fin 1980, s’inscrire dans cette musique, le choix n’était pas si aisé que cela.

Piazzolla régna en maître quasi-absolu, il était la référence majeure, dominante. Ainsi cela fut très difficile d’échapper à son emprise, involontaire sans doute. Sa musique était riche, novatrice, et elle connaissait un succès international très important.

Comment continuer cette histoire sans tomber dans l’ombre du grand Maestro Piazzolla ? Comment dialoguer avec les grands noms des années 20, 30, 40 sans tomber dans une quelconque nostalgie, rien innover ?

Ramiro Gallo est un de ces jeunes musiciens et compositeurs qui a trouvé cette voie qui lui permet de faire un tango enraciné dans ce qui le détermine et lui donne sa personnalité. Il est bien dans cette pulsion tango qui parcourt son histoire. Et il a su insérer des sonorités modernes, une esthétique qui n’a rien à voir avec des époques passées, mais bien avec celle-ci, l’actuelle.

Ainsi le tango a avancé. Aux esthétiques de Firpo, Carabelli, Ciriaco Ortiz sont venues celle de Pugliese avec son écriture pleine de puissance rythmique, celle de D’Arienzo avec son tango qui s’envole par la grâce de sa pétillance et ses micro-silences. Nous avons vu la qualité des thèmes de Salgan, la richesse symphonique des pièces de Piazzolla, la modernité de Julian Plaza qui était fidèle au tango traditionnel.

Ces acteurs majeurs et d’autres ont, par leur travail et leur apport le long de cette histoire, fait en sorte que celle-ci se poursuive, s’enrichisse et attire constamment une foule d’admirateurs, en Argentine comme dans le monde.

Le travail de Ramiro Gallo nous semble s’inscrire dans cette trajectoire qui voit le tango ne pas vouloir disparaître ni vieillir.

Avec des compositeurs de la trempe de R. Gallo le tango peut vivre en paix et savoir qu’il ne cessera pas d’aller vers l’avant et de nous attirer vers lui.

Bernardo Nudelman

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