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Cuarteto Rotterdam – Un tango émouvant et bien punchy

Cordula Welsch dirige cette si belle et performante formation, bien connu du public européen. Un dialogue avec cette femme aussi passionnante que la musique du Cuarteto.

BN: Quel est, pour vous quatre, votre parcours musical? Avez-vous commencé par un apprentissage dans la musique classique ?

CW: En ce que me concerne j’ai fait étudié l’’accordéon. On peut dire que j’ai eu un parcours classique mais je me suis dirigé assez vite vers la musique populaire. J’ai tout particulièrement joué du Tango et du Jazz, puis je suis arrivé au bandonéon après avoir travaillé quelques exercices classiques de technique.

Les trois autres musiciens ont eu un parcours de musique classique, tout particulièrement Judy, la pianiste et Frances, la contrebassiste. Quant à Cordula, la violoniste, elle aussi est vite allée vers la musique populaire, en jouant du jazz.

BN: Que pouvez vous nous dire à propos du Département de tango de Rotterdam ?

CW: Il est unique au monde. Même en Argentine je n’ai pas trouvé de département du niveau de celui du Conservatoire de Rotterdam qui, lui, a un très haut niveau d’enseignement du tango argentin.

Le programme ne consiste pas à se focaliser uniquement sur l’Orquesta Tipica, mais à pratiquer avec notre instrument, en solo, à partir des petites formations jusqu’au plus importantes, comme celle de taille d’un Orquesta Tipica. On nous propose de combiner des leçons sur l’Histoire du Tango avec des transcription et des arrangement de tangos, d’importantes leçons d’harmonie jazz et classique ainsi que de rythmique. En réalité je ne crois pas que l’on puisse en faire davantage en quatre ans d’études

Nous avons aussi des cours sur les cinq instrumenta majeurs du tango: bandonéon, piano, violon, contrebasse et guitare. L’apprentissage donné nous propose de jouer les différents styles tango. Un autre point est à remarquer: actuellement on peut apprendre en jouant du bandonéon comme un vrai débutant, pendant son année préparatoire, et l’on atteint le niveau du baccalauréat au bout de cinq ans.

BN: Le tango est un monde très vaste: Bardi, De Caro, Pugliese, Salgan, Piazzolla…. Comment vous retrouvez vous dans cet espace ? Quel type de tango souhaitez vous proposer ?

CW: Le tango est une musique si riche que je découvre chaque jour de nouveaux styles, des orchestres, des œuvres… dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Ainsi, on n’arrête pas d’apprendre. Je suis devenu un vrai tango-maniaque.

J’aime presque tous les styles de tango parmi les plus importants et je ressens une forte attirance envers les plus grands compositeurs. Je me suis voué corps et âme à l’intérêt de continuer à développer le tango grâce à des arrangements et de compositions nouvelles et ainsi jouer des œuvres d’auteurs contemporains.

Tous les compositeurs que vous avez mentionniez fournissent des éléments uniques pour le tango et je m’en sers en les combinant. C’est la raison pour laquelle je ne dirai pas que je préfère l’un ou l’autre. Néanmoins il y a quand même deux noms qui ressortent de votre liste: Pugliese et Piazzolla. Je n’ai pas à vous faire remarquer la dimension immense de ces deux musiciens, mais juste à dire qu’ils m’ont fortement influencés.

J’ai découvert cette musique, comme la plupart de musiciens de tango en Europe, à travers l’oeuvre d’Astor Piazzolla, d’abord avec son tango nuevo puis avec tout l’héritage dont son œuvre est issue. Ensuite, grâce à la puissance de la pièce d’Osvaldo Pugliese : La Yumba qui est pour moi un des tangos traditionnels le plus intéressants et des plus motivants.

Il faut noter aussi l’importance reconnue du Département de Tango de Rotterdam où Pugliese fut le premier artiste à se produire. Il vécut une belle amitié avec Leo Vervelde, le Directeur du Département de musique du WMDC de Rotterdam et une importante connexion avec le groupe Color Tango que j’admire tout particulièrement parmi les groupes actuels.

Je parle ici de moi-même mais je crois pouvoir dire que les trois autres membres du Cuarteto Rotterdam peuvent tout aussi bien affirmer que Pugliese et Piazzolla font partie de leurs pus grandes influences

Pour compléter mes propos je dois dire que nous aimons le tango en général et c’est dans cette optique que s’organise le travail du groupe.

Nous aimons tout particulièrement interpréter de ‘milongas’ et jouer en public, c’est la raison qui nous conduit à organiser notre répertoire avec des œuvres de Pugliese, Piazzolla, Di Sarli, Troilo, D’Arienzo, Salgán, Guardia Vieja, et de tangos contemporains. Nous jouons certains tangos dans un style plutôt Pugliese, d’autres dans un style plutôt Di Sarli.

BN: Quel est le regard que vous portez à cette culture tango ? Comment ressentez vous son esprit, son âme, les émotions que cette musique contient ?

CW: Difficile de vous répondre en quelques mots. Nous nous sentons très fortement connectés avec l’Argentine; ses gens, sa culture, particulièrement la culture tango, et son mode de vie. J’ai un très grand respect pour l’histoire de l’Argentine.

Malgré les difficultés économiques que les argentins rencontrent, ils luttent pour les surmonter, parfois ils n’arrivent pas et une autre crise les atteindra. Je n’ai eu la chance de visiter l’Argentine qu’à deux reprises, mais pendant ces brèves séjours ils m’ont donné à me sentir davantage chez moi qu’en Europe. Surtout pour un européen qui joue du tango et qui n’a jamais pensé que le tango n’existait qu’en Argentine.

En effet, chez moi le tango suscite un sentiment si fort, qu’un tel mode de vie ne peut qu’exister partout. Je crois avoir dit qu’il m’est si difficile de dire la façon dont je vis cet univers d’émotions. J’espère que notre musique pourrait y répondre.

BN: Bien que le tango soit une expression du Rio de la Plata il peut être aussi une expression de partout ailleurs. Comment vivez, vous, en tant qu’européen, cette proposition musicale ?

CW: Je crois qu’en raison des circonstances qui se sont produites en Argentine il s’est développé là-bas et pas ailleurs. Pour nous, qui sommes un groupe international, il est fort intéressant de prendre cette culture tango et de la mélanger avec notre propre bagage culturel (anglais, allemand, hollandais)

BN: Qu’avez vous à nous dire sur votre groupe, son travail, sa carrière ?

CW: Je crois que ce qui compte le plus pour nous est notre amour du tango argentin. Nous voulons jouer ses différents styles, honorer sa si riche histoire et le développement qu’il a connu et qu’il continue à connaître. Bien sur, nous regardons l’avenir, là où le tango doit rester vivant, se développer sans qu’il y ait rupture avec sa tradition musicale, et que le tango continue à être tango.

 

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