Publié le

L. Federico – Maître du bandonéon

Les chemins de Leopoldo Federico – maestro du bandonéon

Le génie de Leopoldo Federico est unique parmi les bandonéonistes vivants de cette longue histoire du tango.

L. Federico syntétise par sa trajectoire artistique tous les courants, les traditionnels et les évolutionnistes du tango. Son phrasé, sa manière d’interpréter, nous émeuvent au delà de sa virtuosité reconnue en tant que bandonéoniste. Federico a atteint des sommets d’interprétation comme peu l’ont réussi.

Dans sa longue carrière, il faut rappeler qu’il commence très jeune à étudier le bandonéon, il apprend l’harmonie avec le professeur Felix Lipesker et le grand bandonéoniste Carlos Marcucci. Il enregistre avec l’orchestre du pianiste et compositeur Juan Carlos Cobian. Il va faire partie, encore jeune, des orchestres du violoniste Alfredo Gobbi, de Victor D’Amario et en tant que premier bandonéon de ce génial pianiste Osmar Maderna.

Par la suite il intègre les orchestres de Mariano Mores, Hector Stamponi, Carlos Di Sarli, Lucio Demare et Horacio Salgan. Peu de temps plus tard, il crée son propre orchestre avec le pianiste Atilio Stampone.

Federico va, à peine âgé de trente ans, vers de nouveaux défis. En 1955, il est appellé par Astor Piazzolla pour remplacer Roberto Pansera dans une des formations les plus révolutionnaires de l’histoire du tango: l’ Octeto Buenos Aires nous laissant des interprétations d’anthologie avec le créateur d’Adios Nonino.

Vers la fin des années ’50, il enregistre avec son propre orchestre et cette fois-ci sa grandiose destinée le met en relation avec le chanteur qui deviendra le plus grand de l’histoire récente du tango: Julio Sosa, qu’il va accompagner jusqu’à la mort accidentelle du chanteur en 1964.

Ensuite il crée avec le guitariste Roberto Grela un quartet de rêve qui va enregistrer des versions mémorables de tangos, Amurado, El Pollo Ricardo, A San Telmo (du même Grela), Danzarin et A la Guardia Nueva, entre autres.

Depuis quarante cinq ans, il poursuit son travail avec sa propre formation où se retrouvent des interprètes remarquables, cotoyant la forte personnalité du Maestro Federico.

Il a fait partie d’un des ‘megagroupes’ du tango, avec le pianiste Osvaldo Berlingieri et le contrebassiste Fernando Cabarcos, le Trio Federico-Berlingieri-Cabarcos.

Parmi ses compositions citons Cabulero, Sentimental y Canyengue, Retrato de Julio Ahumada et Preludio Nochero (avec Osvaldo Requena), Diagonal Gris, Siempre Buenos Aires, Cautivante …

Leopoldo Federico a transmis le tango dans le monde, et a fait partie d’un des plus mythiques formations le Quinteto Real avec Horacio Salgan. Il est aussi Président de l’Association Argentine d’Interprètes et continue jusqu’à nos jours avec son orchestre où nous trouvons de jeunes interprétes solistes tel le pianiste Nicolas Ledesma et le violoniste Damian Bolotin.

Federico est synonime du meilleur et du plus évolué tango qui n’oublie jamais ses racines, et en tant qu’interprète il peut être considéré un des plus grands maestros de l’histoire du tango.

Conversation avec Leopoldo Federico

Luis Tarantino: Comment va Maestro ? Comment vont les doigts ?

Leopoldo Federico: J’espère bien. Depuis un certain temps avec l’orchestre, nous jouons de temps en temps mais nous avons la joie de travailler ensemble.
LT: Après 45 ans de travailler de temps en temps comme vous dites, comment fait-on pour conserver ainsi un orchestre de tango ?

LF: Pour que ceci arrive, il faut avoir à ses côtés des amis comme le sont les gars de l’orchestre, toujours prêts à répeter et à travailler en faisant d’autres travaux par ailleurs. Ils sont toujours avec moi, quand nous montons sur scène pour jouer avec les répétitions nécessaires. C’est une joie de partager avec eux de faire de la musique.
LT: Savez-vous que chaque fois que nous avons le plaisir de vous écouter, vous dites toujours ne pas savoir comment cela va se passer, parce que vous êtes ‘hors pratique’ mais quand vous commencez à jouer, cela nous surprend toujours, nous sommes touchés et émus comme lors du premier jour. Comment vous faites cela ?

LF: Ce n’est pas la même chose de travailler sans pause que le faire sporadiquement. Par ailleurs je ne pratique pas tous les jours et cela doit se voir (ou s’entendre), mais quand je monte sur scène la chose change et mes compagnons me rassurent.
S’il y a quelque chose qui marche encore, c’est ma tête, et je suis aussi très autocritique avec moi, donc quand je ne pourrait plus le faire, je m’en irais. Pour le moment je crois me sentir bien pour continuer. Il y a des thèmes que j’ai joué toute ma vie, alors je les connais très bien. Ce qui se passe c’est que parfois les difficultés techniques deviennent, avec l’âge, de plus en plus importantes. De toutes manières, quand je commençe à jouer, mes doigts se chauffent et la chose sort.
LT: Il serait bon que l’orchestre enregistre à nouveau …

LF: Oui, en fait, ce serait bien, car c’est en enregistrant qu’on peut faire des choses avec davantage de contrôle artistique.
LT: Qu’est-ce que vous diriez à votre public et au public jeune qui va vous écouter, à propos du futur du tango ? Y a t’il un espoir ?

LF: Ce sont les plus jeunes qui doivent avoir de l’espoir. Les jeunes artistes qui font de la très bonne musique. Il y a toujours de l’espoir. Ce que je dis aux gens, c’est qu’il faut écouter du tango, qu’il faut aimer le véritable tango. Quand ce public fidèle vient, je me sens très bien car leurs applaudissements est vrai.

Laisser un commentaire