Publié le

Quinteto Real – le tango à son sommet

Né en 1960 par un groupe de musiciens qui se retrouvaient souvent pour échanger quelques propos et un moment entre amis, le Quinteto Real est l’une des plus importantes formations du tango. A la fois révolutionnaire, novatrice, elle a ouvert tant de portes et de fenêtres à cette magnifique musique.

Horacio Salgan au piano, Pedro Laurenz au bandonéon, Enrique Franchini au violon, Rafael Ferro à la contrebasse et à la guitare Ubaldo De Lío ont initié un parcours qui vit encore de nos jours.

Le long de ce parcours des musiciens ont laissé la place, pour différentes raisons, à d’autres. Toujours des magnifiques interprètes qui ont donné au tango des lettres de noblesse.

Aujourd’hui, cette formation est dirigé par le fils de Horacio Salgan, le pianiste César Salgan, avec qui nous nous sommes entretenus.  Il sera en concert au Festival International de Tango de Tarbes mercredi 23 août à 21h au Théâtre des Nouveautés.

  • BN : Au cours des années 1980, avec l’arrivée de nouveaux musiciens, le Quinteto Real prit le nom de Nuevo Quinteto Real. Votre intégration dans le groupe comme pianiste a eu lieu en 2004 au moment où votre père se retirait. Le Nuevo Quinteto Real se présente de nouveau aujourd’hui sous l’appellation Quinteto Real. Quand a été prise cette décision et quelles en sont les raisons ?

  • CS : C’est moi qui ai pris cette décision à l’instant même où je suis entré au Quinteto Real, car il faut savoir que mon père était passé par trois formations dont la dénomination avait été modifiée.. la mienne allait être la quatrième ! je ne pouvais pas la nommer “Ultra” Nuevo Quinteto Real, pour donner un exemple. Il est évident qu’en 2004, comme en 2017, les membres du groupe ne pouvaient pas être ceux du Quinteto Real de 1960.

  • En raison de tout ce que votre père a apporté au tango, il est considéré un extraordinaire rénovateur du genre. Rénovation rime avec adaptation à l’époque où on vit, ce qui implique des apports de façon, une musique en l’occurrence le tango, se perpetue. Est-ce aussi l’intention qui guide votre travail avec le Quinteto ?

  • Je veux dire que tout ce qu’il a fait a été d’une remarquable qualité artistique, ce qui explique que toute oeuvre perdure. Nous avons enrichi un peu le répertoire du Quinteto Real avec de nouveaux arrangements ; je parle ici des arrangements que le Quinteto n’avait jamais faits et qui appartenaient uniquement au répertoire de l’orchestre de mon père, telles des pièces comme Tierra querida, Recuerdo, et d’autres auxquelles on peut ajouter de nouvelles oeuvres de ma composition qui, toute proportion gardée, indiquent qu’il y a de nouveaux chemins à parcourir. Attention, “nouveau” ne signifie pas pour autant “meilleur”…

  • Les espaces du tango se sont modifiés tout au long de son histoire. Le travail de votre père témoigne de cette realité. Aujourd’hui, dans un monde où la communication rapproche, en théorie, les êtres humains, quelle lecture faites vous de l’adaptation du tango aux comportements et aux espaces actuels ?

  • Au cours de la carrière de mon père, les espaces se firent étroits, ce qui est l’une des raisons de la disparition progressive des orchestres au profit de formations plus petites, jusqu’aux fameux duos. Néanmoins, nous constatons aujourd’hui une renaissance des orchestres ; il est à souhaiter que ceux-ci bénéficient d’espaces en développement et que toute formation de tango puisse s’exprimer et se faire connaître du public.

  • Le tango était une culture populaire dans notre pays. Est-ce toujours le cas ? Et si cela ne l’est pas, quelles en seraient selon vous les raisons ?

  • Le tango continue d’être populaire, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il soit suivi par une masse de gens… mais cela n’est pas très important ; c’est sa qualité artistique et et le fait qu’il répresente la ville de Buenos Aires en particulier. On constate que les musiques traditionnelles ont pris une plus grande importance dans le pays et que le tango est davantage lié à Buenos Aires ; toutefois, si l’on invoque le nom de Gardel, il surgit dans l’imaginaire collectif que l’Argentine et Buenos Aires sont perçus comme une seule entité.

  • Vous avez affirmé que dans la musique de votre père “la creativité a été fondamentale surtout en ce qui concerne les idées et la beauté, ce que nous pourrions nommer le bon goût”. Je partage amplement votre lecture. Que pourrions nous dire, sans forcement le définir, sur le “bon goût” ? et son importance en tant que valeur et non comme apparence ?

  • J’ai toujours pensé que ce qui était difficile à expliquer ou à définir devrait être enseigné. Je me refère ici, bien évidemment, au “bon goût”. Je crois, d’une certaine manière, qu’on peut travailler sur lui. Quand on est musicien ou auditeur, on a l’opportunité d’écouter les grandes musiques, la musique classique, le jazz, le tango, la musique espagnole… et bien d’autres. Nous commençons ainsi à nous éduquer et à voir apparaître des stimuli qui, par la suite, s’ils ne se manifestent pas dans d’autres formes d’expressions, commencent à nous manquer, c’est pourquoi nous voulons les retrouver. C’est pour cela que je considère que mon père, au delà de ses grandes connaissances musicales ou pianistiques, a fait preuve d’un “bon goût”, qui se manifeste dans des passages d’une extraordinaire beauté, dans des textures très complexes, élaborées, jusqu’à des moments sublimes qui ne contiennent que subtilement deux notes. C’est cela le mystère de la musique, et de l’art.

  • Je souhaiterez que vous nous fassies part de ce que vous avez aimeriez dire au public amoureux du tango, ainsi qu’aux musiciens qui voudraient le jouer.

  • Le tango, cette musique qui a vu le jour dans des lieux modestes et parfois interdits, se retrouve aujourd’hui dans le monde entier, des bals, dans les théâtres les plus importants de la planète. Il est interprété par de grands orchestres de musique classique dirigés par des chef d’orchestre célèbres. Il offre un large évantail de sensations, qui vont de l’envie de danser à l’ écoute en concert de pièces sublimes. Heureusement, ce qui est “bon” aura toujours sa place ; des « aficionados », des musiciens voudront toujours écouter et jouer cette musique que le tango ne sera jamais délaissé. De nouveaux interprètes apporteront de nouvelles voix, ils se feront l’écho des voix de grands créateurs. Le public pourra apprécier la couleur d’un orchestre, d’un quintet, d’un chanteur… vouloir danser sur cette musique. Le tango, quel mystère !

Interview realisée par Bernardo Nudelman

Laisser un commentaire