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Horacio Salgan – né le 15 juin 1916
Comment commencer à parler de cet immense artiste ? Sa carrière, longue et riche, le place dans cette épopée du tango comme un de ses plus importants piliers. Comme tous les grands, Salgan a un parcours qui s'inscrit aussi bien dans la temporalité que dans l'espace. Il est arrivé au tango par la grande porte: celle de la tradition, celle qui l'a conduit à être engagé dans l'orchestre du grand pianiste et compositeur Roberto Firpo.
Pianiste et, pour la grande majorité des érudits es-tango, le plus grand pianiste de cette merveilleuse histoire. Esprit inquiet, large, il a modernisé le tango non pas parce qu'il voulait le moderniser, mais parce que c'était la musique qu'il voulait faire, tout simplement.
Salgan avait étudié le piano et la musique dès l'âge de 6 ans. Il a toujours été très curieux de toutes les musiques; ainsi il s'est intéressé au jazz, à la musique brésilienne, au folklore argentin et à la musique classique européenne. L'histoire est très souvent curieuse et elle se construit par des anecdotes qui, par la suite, deviennent plus que des petits détails d'une vie. Le premier enregistrement de Salgan a été fait grâce à un musicien hollandais de jazz après que celui-ci ait entendu Salgan interpréter Choro en Fa. Il va le présenter à la Maison d'Edition Simar qui accepte d'enregistrer ce jeune artiste.
Ce n'est qu'en 1944 que Salgan va créer son premier orchestre et connaît très vite une forte notoriété. Un critique musicale français écrira dans le journal Le Monde que la musique de Salgan élargit la forme traditionnelle du tango, elle rend plus profond le sens rythmique et lui ajoute une 'touche noire''.
Il y a entre Horacio Salgan et Astor Piazzolla plus qu'une passerelle. Les deux ont tenu compte du jazz et de la musique classique dans leurs compositions, ils se sont attachés à rendre cette musique populaire, vraie, puissante et de qualité dans l'écriture, avec toute la dimension qu'elle contenait en elle-même et qu'elle permettait pour aller au-delà des limites dans lesquels elle ne doit pas rester. Musique universelle, musique totale.
Combien des grands musiciens n'ont transité par les formations de Salgan ! Leopoldo Federico, Ernesto Baffa, Roberto di Filippo, Hamlet Greco, Victor Felice..... Et des grands chanteurs, ne les oublions pas: Edmundo Rivero, Jorge Duran, Angel Diaz, Roberto Goyeneche....
Comme D'Arienzo en 1935, Salgan a fait une lecture de l'avenir du tango au début des années 1950. Au milieu de la décennie de 1930, Juan D'Arienzo croyait que le bal risquait de s'essouffler; il s'est alors donné à faire quelque chose. Ainsi naquit le style D'Arienzo. Salgan, quant à lui, a constaté, bien avant d'autres, que l'époque d'or du tango commençait à perdre de sa brillance. Il y avait moins de budget dans les clubs de tango et les formations diminuaient le nombre de leur musiciens.
Les différents orchestres que Salgan a constitués ainsi que son duo avec le guitariste Ubaldo De Lio ont brillé par leur qualité et ont connu un succès indéniable. Mais il y a une formation, fruit du hasard, qui est sans doute la plus merveilleuse qu'il ait intégrée et aussi une de plus prestigieuses que le tango ait connue: le Quinteto Real . La rencontre du violoniste Enrique Francini et du contrebassiste Rafael Ferro avec Salgan et De Lio va aboutir à ce Quintet de rêve qui se complétera avec l'arrivé du bandonéoniste Pedro Laurenz. Le Quinteto Real débute en 1960 à l'antenne de Radio El Mundo et c'est Anibal Troilo en personne qui en devient le parrain.
Salgan s'est aussi beaucoup consacré à une de ses plus grandes passions: le piano. Il va travailler avec son ami et pianiste Dante Amicarelli et ensemble ils vont, en 1969, enregistrer à 4 mains.
La disparition de Francini, de Ferro et de Laurenz mettront fin au Quinteto Real qui, à la demande d'une Maison d'Edition japonaise, va se reconstituer et s'appeller Nuevo Quinteto Real où l'on retrouve, à côté de Salgan au piano et De Lio à la guitare, Leopoldo Federico au bandonéon, Antonio Agri au violon et Omar Murtagh à la contrebasse.
Avec De Lio , Salgan s'est présenté à plusieurs reprises dans les années 1980 dans le fameux et disparu local parisien Les trottoirs de Buenos Aires Ils ont fait aussi la joie d'un mythique lieu de Buenos Aires: El Club del Vino
La musique de Salgan a rompu avec les modèles établis. Il a utilisé de nouvelles idées musicales, très poétiques et des voix très novatrices. Partout dans le monde, en Europe comme au Japon, l'on étudie ses compositions qui ont reçu, entre autres, l'admiration du chef d'orchestre Daniel Barenboim.
Lalo Schiffrin, pianiste et compositeur argentin mondialement connu, raconte l'émotion du grand Arthur Rubinstein quand il interpréta le tango de Salgan Don Agustin Bardi. Rubinstein est parti avec la partition qu'il a demandée à Schiffrin. Quant à lui, et à la fin de sa vie, Stravinsky demandait aussi à Schiffrin de lui jouer de la musique de Salgan.
Homme d'une grande culture, d'un grand talent, Salgan est aussi un homme très modeste, signe de sa grandeur. Il a avoué n'avoir jamais eu la prétention de sauver le tango, juste faire son apport, car il dit aimer le tango, aimer le folklore argentin et la musique tout court.
Il nous a apporté son langage tango et nous ne pouvons pas dire si grâce à lui le tango perdure et vibre, mais nous pouvons affirmer que grâce à lui il va vibrer encore mieux, encore plus longtemps.
Salgan a écrit un traité de technique musicale: Curso de Tango
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