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Auteur: Tarantino Luis Il s'agit ici de parler de quelqu'un que je n'ai pas eu la chance de rencontrer. Quand Alfredo (excusez moi de la confiance que je me donne de le nommer par son prénom mais c'est ainsi que je le ressens), partit en tournée, j'avais huit ans et je n'avais pas la moindre idée de l'importance de ce monsieur qui disparaissait.
Mon cœur va parler plus que mon intellect, car je crois que nous allons comprendre la nature de Gobbi à travers le cœur et l'aide inestimable de l'intellect.
Ce Piazzolla qui ouvrit le dialogue avec la jeunesse, après tant d'années d'absence. Il n'est pas important de savoir si ce que Piazzolla disait était correct ou pas. Il importe que ce phénomene du dialogue a eu lieu à partir de Piazzolla, pour qui ceci était une attitude propre face à la vie et à l'art. Vous pouvez dire: mais qu'est ce qu'il y a à voir ceci avec Alfredo Gobbi? Et pourtant ...
La première information de l'existence d'Alfredo Gobbi, je l'ai eu de la bouche même d'Astor Piazzolla. Vers 1978, après des années passées à écouter les œuvres de Piazzolla, j'ai eu la chance d'être au bon l'endroit au bon moment: le retour de Piazzolla au pays et la formation de son nouveau quintet.
Nous, les jeunes qui étaient avec lui, attendions qu'il nous parle de Gerry Mulligan ou Gary Burton, de Miles Davis ou Gil Evans. Mais Piazzolla, à notre grand étonnement, parlait tous les jours, presque religieusement, d'Alfredo Gobbi. Il le faisait dans l'intimité, dans le quotidien. Il ne s'agissait pas de déclarations pour un reportage.
J'ai commençé à me demander qui était cet artiste que Piazzolla vénérait tant. Plus tard je découvre qu'Osvaldo Pugliese et Anibal Troilo disaient de lui qu'il était le musicien de tango idéal.
En 1942, Alfredo Gobbi débute avec son premier orchestre, un fait marquant dans l'histoire du tango et de la culture du Rio de la Plata. Sa personnalité lui permet de se faire remarquer malgré le poids qu'il portait sur ses épaules: fils d'un des patriarches du tango, Alfredo père, filleul d'un autre père du tango, Angel Villoldo, fils d'une chanteuse Flora Rodriguez, né un 14 mai 1912 au milieu d'une véritable épopée 'tanguera' à Paris.
Il nous est dit qu'enfant, Alfredo commence à faire sonner l'harmonium et il apprend le piano au moment où il fait son école primaire. Dans son quartier de Villa Ortuzar, Gobbi vend des journaux.
Vers l'âge de dix ans, son père lui offre son premier violon et fait des études au Conservatoire Falconi de l'Avenue Canning et Santa Fe. A 13 ans, il fait partie de sa première formation et à 15 il compose son premier tango 'Perro Fiel'.
Vers l'année 1926 ou 1927, Gobbi écoute le sextet de Julio De Caro. Il n'y a pas de doute que ce groupe révolutionnaire dans l'histoire de la musique populaire du vingtième siècle fut une de ses influences le plus importantes.
Peu de temps après, il arrête de vendre des journaux et commence sa carrière de musicien dans l'orchestre d'Antonio Lozzi. Plus tard, il va se trouver dans celles de Juan Maglio Pacho, de Firpo, Tirigall, Buzon, Aieta, Pardo, Avile, Rodio. Avec Pardo il présente son tango 'Desvelo'.
En 1929, il va laisser provisoirement le violon pour jouer en piano solo dans les fonctions matinales du 'Metropol'. Un autre moment majeur va se produire l'année suivante: il crée un trio avec son ami de l'âme et de l'art, le pianiste Orlando Goñi et le bandonéoniste Domingo Triguero. Il fait aussi partie du sextet du violoniste Vardaro et du pianiste Pugliese.
Ensuite nous trouvons Gobbi dans l'orchestre de Manuel Buzon, dont Goñi et Gosis étaient pianistes. Quand il quitte cette formation, Gobbi va créer un sextet étonnant avec Anibal Troilo et Alfredo Attadia aux bandonéons, Jose Goñi en second violon et Agustin Furchi à la contrebasse. Après viennent le duo avec Osvaldo Pugliese, l'orchestre de Laurenz, celle de Do Reyes, de Balliot et à Montevideo celle de Pintin Castellanos.
Nous sommes en 1942 quand il débute avec son premier orchestre au cabaret Sans Souci dans la fameuse rue Corrientes. Dans cet orchestre, à côté d'Alfredo, il y a Bernardo Hermino et Antonio Blanco aux violons, Juan Olivero Pro au piano, Deolindo Casaux, Toto D'Amario, Mario Demarco et Ernesto Tito Rodriguez bandonéons, Juan José Fantin à la contrebasse et les chanteurs Walter Cabral et Pablo Lozano.
En 1945, l'orchestre débute à Radio El Mundo et ce n'est qu'en 1947 qu'il commence à enregistrer, le 16 mai 1947, avec 'La Viruta' de Vicente Greco et la valse 'La Entrerriana' de son père chanté en duo par Carlos Heredia et Hugo Soler.
Je suppose que ce premier orchestre avait déjà ce son particulier qui nous reste dans ses premiers enregistrements. Je crois que le style de Gobbi est si particulier que même ceux qui l'ont étudié ne peuvent pas encore le définir clairement.
Nous avons dit qu'il fut 'decariano' (de Julio De Caro), nonobstant il ne mimétise pas autant De Caro comme le fera Osvaldo Pugliese. Le piano dirige à partir d'un marcage 'bordoneado' (ponctuant avec les cordes graves) inventé avec Orlando Goñi dans une nuit de bohème. Il possède un vibrato bas et une frappe expressive au violon.
Une musique de structure académique qui garde une sensibilité des faubourgs. Il me semble que le titre donné à cet article vient de là: 'le dernier vestige du tango à la crinière', car cette sonorité continue, malgré certains premisses évolutionnistes, à avoir cette 'crasse' si caractéristique. Quelqu'un a dit que s'il s'agissait du jazz, l'orchestre de Gobbi aurait eu du swing, et je propose donc que ce terme soit Canyengue. Que cette 'crasse' s'appelle Canyengue.
Alfredo Gobbi nous laisse une œuvre qui n'est pas encore valorisée à sa juste valeur, sauf dans certains cercles d'initiés. Il a produit une synthèse brillante, unique dans l'histoire du tango: il fut un évolutionniste dans la plus parfaite orthodoxie.
Un son doux dans la frappe de son violon mais jamais mielleux, suivi rythmique impeccable de son orchestre mais toujours délicat. Cet équilibre entre des principes antagoniques fut la mystique que Gobbi consuma dans sa vie.
En tant que compositeur, son œuvre regroupe plusieurs expressions du plus raffiné tango instrumental. Ainsi le tango romanza (Cavilando), les tangos à caractère comme A Orlando Goñi, les milongueros comme Camandulaje, les évocateurs comme El Andariego.
Je crois que par tempérament Alfredo Gobbi a donné le maximum dans son art sans hésitations mais sans renoncements. Il a accompli sa destinée debout. Et comme tous ces 'beaux perdants' finalement il a triomphé de la manière la plus contondante: son art continue à nous émouvoir chaque jour et à nous montrer le chemin. Celui qu'Alfredo découvre avec sa musique.
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