|
Auteur: Bazely Solange En réponse à un journaliste de Ouest-France qui me demandait mon avis sur Gotan Project
De mon point de vue, sans rien connaître à la musique électronique, je trouve que l'idée de lier l'électro et le tango est bien évidemment passionnante et de plus en plus évidente. Maintenant j'ai des doutes quant à l'intérêt du résultat qui, pour moi, n'apporte rien au tango et je ne crois pas non plus à la musique électronique. Mais ça n'est peut-être pas le but. Je connais la démarche tout à fait sincère des protagonistes avec qui j'ai eu la chance de parler et d'échanger sur ce phénomène qui les a si surpris et dont l'ampleur laisse incrédule.
J'ai écouté le disque sans grand enthousiasme et suis très rapidement agacée par les répétitions (boucles), alors comme je suis curieuse j'ai été voir deux fois le spectacle (en novembre 2002 et en avril 2003) et là, j'ai pu entrevoir la fascination qu'exerce cette musique presque dans un sens primitif, tribal, de sensations pulsionnelles musicales (sans partager car le niveau sonore et l'agression visuelle, moi qui suis habituée à la musique acoustique m'est intolérable). Ils jouent presque sur un phénomène de transe. Le public est plus qu'enthousiaste, ça c'est sûr. Qu'importent mes réserves face à l'adhésion générale.
Le grand intérêt du succès de GOTAN PROJECT, me semble-t-il, connaissant pas mal la musique argentine, est d'ouvrir cette musique qui touche a priori peu les jeunes qui écoutent habituellement les musiques actuelles (bien que je sois jeune) à leur faire entrevoir des sons qui les amèneront peut-être à venir découvrir d'autres expérimentations réussies (selon moi) de fusion entre jazz et tango (Adrian Iaies -www.adrianiaies.com.ar, Blas Rivera -www.blasrivera.com), entre musique contemporaine et tango (Gustavo Beytelmann, Marcelo Nisinman), entre musiques actuelles et tango (beaucoup de jeunes musiciens argentins d'aujourd'hui mais également d'aller vers le tango traditionnel à la richesse tout à fait insoupçonnée (et que connaîsse bien les membres de Gotan Project)...
La chanteuse pour moi, n'est pas à la hauteur et dans le domaine de la voix et du chant, d'autres expériences sont à signaler (même si je ne les aime pas toutes) : Adriana Varela et Daniel Melingo, entre autres.
Sans partager la folie Gotan Project, je m'en réjouis dans cette dimension de plaisir partagé et de faire connaître autrement cette sonorité dans sa diversité.
Les danseurs de tango novateurs utilisent déjà cette musique pour quelques démonstrations, au delà des danseurs qui accompagnent de temps en temps le spectacle (Victoria Vieyra et Pablo Tegli ou Juanito Juarez et Kahena Saïghi ou Maria Filali).
Bien évidemment, la vague de Gotan Project donne déjà lieu à d'autres groupes, d'autres essais mais seul le temps nous dira si l'influence sera comparable à celle d'Astor Piazzolla. Personnellement, je n'y crois pas mais reste à l'écoute.
Piazzolla a une influence exceptionnelle, dont il est même encore difficile pour beaucoup de dépasser et est joué par les plus grands interprètes de musique classique (Yo-Yo Ma, Gidon Kremer, Daniel Barenboïm...) , de jazzmen (Gerry Mulligan, Gary Burton...).
L'avenir nous le dira. Mais grâce à Gotan Project, le son du bandonéon est dans beaucoup d'oreilles et cela me réjouit, si le public s'ouvre et devient curieux à d'autres perspectives.
D'ici là, j'attends avec curiosité si ce n'est impatience le prochain album de Gotan Project.
Même ma meilleure amie a la musique de Gotan Project sur son répondeur, on ne peut pas lutter.
|