|
Auteur: De Valentin Alsina Matias Le rôle du DJ's peut être déterminant, non seulement pour la réussite d'un bal mais aussi pour l'éducation musicale des danseurs. Et surtout pour le tango ! Car, on ne le dit pas assez: le tango, on le danse aussi avec l'oreille ! ! La musique sur laquelle nous dansons, les orchestres et ses interprétations, sont une partie fondamentale de la danse. Elle provoque les mouvements et la dynamique qui fait que le couple se lie.
J'ai commencé à passer de la musique à Paris, et à faire des expérimentations. On me demandait du Piazzolla, que je passe 'La Milonga del Angel'. Et moi je répondais : non, merci... on le fait dans d'autres bals, mais pas ici, ici on fait comme à Buenos Aires. Mais cette position n'a pas tenu longtemps.
Moi je ne voulais pas passer ce que d'autres faisaient déjà. Alors j'ai du écouter tout de nouveau, reécouter, revoir la discographie, avec d'autres yeux et d'autres oreilles.
J'ai découvert un nouvel univers. Le fait d'avoir partagé beaucoup de moments avec des danseurs comme Pablito, Victoria, avoir vu danser Chicho, m'a permis de pénétrer de nouveaux espaces musicaux. Après mes découvertes 'piazzolliennes' j'ai commencé à mixer mes premiers thèmes.
Je me demande comment nous écoutons la musique. Pourquoi nous écoutons la musique ? Quelle vérité se cache derrière chaque thème ? Pourquoi un certain ordre d'écoute ?
Lors d'un bal, le DJ réorganise ce discours, il le propose; une sorte de monologue intérieur commence.
Dans les milongas, j'ai commençé à passer ma musique de Fernando Samalea, mes Piazzollas mélangés aux autres Piazzollas, car son discours, ses phrases se repètent, se complètent sans que les thèmes prennent une quelconque importance: la nouvelle musique qu'il est possible d'incorporer à la danse tango, car ma principale préocupation reste la danse.
Le fait d'avoir trouvé le lien entre musique électronique et tango est simplement le résultat de l'appropriation d'une musique traditionnelle par une nouvelle génération, qu'elle doit véhiculer pour la reproduire, la recréer, revenant en arrière ou en incorporant des changements.
Je crois que la fonction de chaque thème est celle de générer un voyage, une route pour vivre ces secondes de plaisir. De toute les façons c'est cela que je recherche à chaque fois que je danse, avec ma compagne du moment lors d'une démonstration ou en tant que DJ.
Pourquoi la musique électronique, le tango élctronique ?
Le public parisien est en recherche constante de renouvellement, de nouveauté. Ceci n'est pas récent, il suffit de lire quelques biographies d'argentins qui ont fréquenté Paris pour se rendre compte qu'il y a peu de choses qui surprennent le public parisien.
Dans un bal, les démonstrations des danseurs de tango et les concerts de Gotan Project, ont ouvert un espace de renouvellement qui oblige à des créations permanentes, au grand show à chaque demonstration.
Sans doute que cette demande est une demande pub, marketing, de remplir des espaces, tous les recoins, comme une preuve de la difficulté de fixer l'attention sur un seul objet. Je pense à la simplicité d'interprétation d'un bandonéoniste jouant des tangos, Dino Saluzzi, presque méconnu du grand public tanguero. Je pense à des groupes de musiciens talentueux, souvent éphémères, qui ont du mal à remplir une milonga du circuit underground.
Aujourd'hui, le besoin de créativité à travers la musique implique un besoin d'incorporer les moyens de communication de masse pour atteindre le public, dont on croit qu'il attend un chiquitin, chiquitan en boucle, un amour fugace, un peu d'amour à la française.
La recherche d'un son nouveau, que Piazzolla initia, est un tremplin pour produire une autre musique qui puisse nous libérer du rythme oppressant du tango, pour qu'on se promène dans un autre univers. Les dimensions de ce nouvel univers seront conditionnées par la capacité créative des danseurs, des musiciens et des DJ's.
Le point à considérer est la place du DJ. Se limiter à passer des thèmes avec un certain critère ne signifie pas avoir des connaissances en matière musicale. Mais chercher et créer de nouvelles combinaisons avec la musique qu'on possède. Ceci dit, la nécessité de savoir danser reste incontournable.
La place du Dj dans la création apparaît devant le besoin d'organiser toute la musique écoutée pour lui donner un nouvel élan dans chaque série programmée.
Ce travail se limite à la musique traditionnelle, du moment que nous prenons les interprétations de Piazzolla ou de la musique électronique le travail devient plus intéressant parce que nous programmons alors des bases rythmiques nouvelles ou nous mélangeons des thèmes connus aux autres musiques. C'est ici que le son, ou le style, propre au DJ surgit et prend sa personnalité.
Au sein de ce cadre de création, il ne faut pas oublier les cortinas, ces pauses nécessaires pour donner du souffle au danseur, changer de couple, ne pas oublier que le tango est un fait social. Dans cet espace les possibilités de création sont presque illimitées, la musique pour cette pause peut toucher tous les registres, pour, justement, habiter un autre espace.
Les cartes de notre expérimentation, aujourd'hui sont cella-là. Non pas parce sur Pugliese ou D'Arienzo les possibilités soient moindres, mais parce qu'il s'agit d'un son contemporain, une nouvelle copulation inévitable entre héritage et nouvel apport.
|