|
Auteur: Bazely Solange Figure du déjà légendaire Sexteto Mayor José Libertella est mort le 8 décembre 2004, à l’âge de 71 ans lors d’une tournée du spectacle Tango Pasion.
Au moment où l’on a encore du mal à réaliser que Pepe Libertella a succombé à une attaque cardiaque foudroyante, les musiciens du Sexteto Mayor et toute la troupe de Tango Pasion, ont décidé de continuer sur scène (“The show must go on“ prend ici tout son sens) ce qui a conduit sa vie, faites de tournées, de voyages, de salles de spectacles, de répétitions, d’enregistrements et de transmission du tango auprès de tous les publics du monde.
Le 9 décembre, au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison, son bandonéon était bien là, sur la chaise vide et le spectacle s’est déroulé presque normalement, sans lui, avec pourtant sa force communicative qui traversait non seulement les artistes mais chacun des spectateurs stupéfaits, incrédules.
Une carrière longue et extrêmement remplie
Véritable ambassadeur du tango dans le monde, même si jamais soutenu officiellement pour cela dans son pays, il est mort à Paris, sans doute sa deuxième ville de prédilection.
A la tête du Sexteto Mayor depuis 31 ans avec le bandonéoniste Luis Stazo, il venait de recevoir le Prix de la Commission Nationale des Arts à Buenos Aires. Il avait la passion du tango rivée au corps et au bandonéon et il devait la communiquer à des millions de spectateurs tout au long de sa carrière boulimique.
Personnage à l’énergie hors du commun, il avançait, toujours plein de projets, avec une volonté inextinguible.
Né en Italie, émigré à moins d’un an en Argentine, il grandit à Villa Lugano.
Il s’emballe pour le bandonéon dès qu’il en vit jouer par un voisin. Humberto Canaro le repère dans ce quartier et c’est ainsi que commence une carrière extraordinaire, non seulement en tant que bandonéoniste mais également comme directeur d’orchestre, arrangeur, compositeur (avec des tangos comme Rapsodia de arrabal, París otoñal, Universo, Bajo romántico, Organito arrabalero, entre autres) et toujours partant pour jouer.
Il joue dans plusieurs orchestres avant de rencontrer Luis Stazo en 1950 dans l’Orchestre d’Osmar Maderna.
Ensuite il joue dans le légendaire orchestre de Carlos Di Sarli, avec dans la file de bandonéons Julián Plaza ou Alfredo Marcucci notamment. Il enregistre avec le chanteur Angel Vargas. Et en 1959 il monte un orchestre avec Miguel Montero, avec lequel il enregistre six disques jusqu’en 1966, année où il forme son propre orchestre.
En 1967, il crée le Quinteto Gloria pour accompagner le chanteur Edmundo Rivero dans une tournée au Japon où il est vénéré et a édité pas moins de onze disques.
Le 29 avril 1973, il débute avec le Sexteto Mayor dans La Casa de Gardel, dans le quartier de l’Abasto. Et l’expérience dure depuis.
Après avoir triomphé sur les scènes argentines et latino-américaines les plus prestigieuses, le Sexteto fut ovationné, en 1981, à l’inauguration des Trottoirs de Buenos Aires à Paris où l’applaudirent alors Julio Cortazar, Yves Montand et même Paloma Picasso.
La conquête de l’Europe et du reste du monde est irrépressible avec le spectacle “Tango argentino“, avec Horacio Salgán, Roberto Goyeneche, Juan Carlos Copes et d’autres grands du tango. C’est en 1992, que naît le spectacle Tango Pasión, qui ne s’est pas arrêté depuis – pour lui – jusqu’à hier à Paris, quand il commençait à savoir qu’il ne serait jamais oublié.
Une vitalité hors du commun
Ceux qui ont eu la chance de le voir sur scène, s’en souviennent, avec cette passion qu’il mettait chaque fois qu’il prenait l’instrument et accomplissait le rituel de la représentation.
Toujours préoccupé pour que le spectacle se déroule au mieux, attentif au son, à la lumière, au déroulement, avec bonne humeur et précision.
L’année dernière, pour les 30 ans du Sexteto Mayor, il avait reçu peu avant le Grammy Awards Latino pour ce qui devient aujourd’hui le dernier album du Sexteto Mayor en Hommage à Piazzolla.
Grâce à sa passion dévorante, il aura fait naître des vocations de musiciens et de danseurs, amateurs ou professionnels. Il a véritablement accompli une mission en transmettant si viscéralement sa passion du tango.
Il a été inhumé en Argentine.
Retrouvez dans la rubrique Interview celle que Luis Tarantino réalisa en octobre 2003.
|