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Dire le tango, voici un trait majeur de cette culture qui est venu combler un espace où les différences se sont retrouvées et se sont identifiées dans un même destin.
Ainsi, la poésie nous apparaît comme un fait normal, logique, dans ce devenir culturel: le tango. Les paroles sonnent magiques, elles racontent le quotidien et l'imaginaire, elles s'approchent de nous avec leur charge d'amour et de réconfort. Elles racontent, elles proposent, elles poussent.
Cet espace s'ouvre peu à peu dans un siècle qui se déplaçait à cheval et à vapeur, il va s'accélérer et voire un feu d'artifice social tourbillonner cette Argentine et son Uruguay voisin, quand le 20ème siècle, prometteur et ravageur, débute. Le tango est le fils de cette quiétude et de cette fureur.
Horacio Ferrer a aimé le tango très jeune. Il a laissé son verbe, ses pulsions, son lyrisme et sa sagesse, son âme, parler. Il a produit des poésies qui restent parmi les plus brillantes du tango. Il a, si près d'Astor Piazzolla, su garder la magie du tango dans des temps qui changent sans cesse de visage.
Les femmes ont eu leur place dans le tango, surtout comme chanteuses. A Rosita Quiroga suivra Libertad Lamarque. Mercedes Simone a enchanté le public, Tita Merello apporta sa gouaille et son humour, Nelly Omar les airs de cette campagne proche. Plus tard tant d'autres: Elba Beron, Maria Graña, Susana Rinaldi, Lidia Borda....
De cette terre qui borde à l'est le Rio de la Plata, où est né Horacio Ferrer, vient au tango et au chant une solide présence, un élan puissant, pour perpétuer le chant du tango, vient s'inscrire dans ce chemin splendide la chanteuse uruguayenne Ana Karina Rossi.
A l'entendre on s'emporte, à la voir sur scène on se mélange par sa voix aux pulsions du tango. On n'est jamais indifférent, on est touché, pris dans un ailleurs.
Elle a eu l'honneur, le mérite sans doute, qu'Horacio Ferrer accompagne et adhère ainsi à sa démarche: chanter Piazzolla et dire Ferrer. N'oublions pas le travail de composition important du pianiste A. Magnone qui met en musique des textes de H. Ferrer que nous retrouvons dans ce Cd.
Un travail accompli, où l'on ressent l'espace qu'elle va encore continuer à occuper, les étapes qui sans doute vont la voir encore grandir. Mais elle est déjà bien là, parmi nous, avec son art et surtout avec sa conviction très affirmée de parler avec nous par tango interposé.
Aux côtés de AK Rossi et H Ferrer, le pianiste uruguayen Alberto Magnone. Un ensemble d'excellents musiciens accompagne ces interprétations: Jorge Trasante, batterie - Federico Righi, basse électrique - Leonel Gasso, bandonéon - Andrés Ibarburu, violoncelle - Angela Varela, flûte - Federico Navarro, guitare
Titres: Tango y Gotan - Chiquilin de Bachin - Tango ritual - Yo soy Maria - Balada para un loco - Poema en si mayor - Los bailarines - La rubia - Astor - La primera palabra - Libertango
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