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Auteur: Bazely Solange Solange Bazely: Avant de venir jouer en France avec Astor Piazzolla à l'Olympia en 1977, quel type de musique et avec quels groupes jouiez-vous en Argentine ?
Osvaldo Calo: Bien qu'ayant commencé des études classiques très tôt, j'ai toujours aimé la musique populaire. Chez moi, on écoutait surtout du tango et du folklore, puis à douze ans j'ai découvert les Beatles et le rock.
A quinze, j'ai formé un groupe de rock avec mes amis du lycée et à vingt ans, parallèlement à mon entrée au Conservatoire National de Buenos Aires, mon premier groupe professionnel 'Ave Rock', avec le guitariste Luis Borda.
Plus tard, j'ai fait partie du groupe “Los desconocidos de siempre“ qui accompagnait le chanteur pop argentin Nito Mestre (ex Sui Generis) jusqu'à mon départ en France.
SB: Combien de temps avez-vous joué avec Astor Piazzolla et qu'en
gardez-vous comme souvenir (musical ou humain)?
OC: La tournée avec Astor Piazzolla a duré presque trois mois. C'est la dernière qu'il ait faite avec cette formation "l'octet eléctronique" avant de revenir à sa formule préférée, le quintet. Autant dire tout de suite que moi aussi j'ai toujours préféré le quintet aux formations qu'il a eu par la suite. Mais je garde encore un souvenir très fort des concerts que nous avons donnés, en particulier du solo de bandonéon que Piazzolla faisait dans la Suite Troileana et qui était à chaque fois un moment de grande émotion.
Ce que j'ai appris de Piazzolla, je l'ai appris surtout par les disques que j'écoutais et les concerts auxquels j'ai pu assister, plus que dans cette courte période où je l'ai côtoyé: nous avons eu à peine trois répétitions avant notre premier concert... En revanche, je lui serai toujours redevable de la chance qu'il m'a donnée de sortir de l'Argentine en 1977, en pleine dictature militaire et en pleine crise existentielle, et de pouvoir ainsi envisager des projets qui m'étaient impensables là-bas.
SB: Vos 10 ans avec Tomas Gubitsch ? Ce que cela vous a apporté ?
OC: Tomas Gubitsch, je l'ai connu à l'occasion de cette tournée avec Piazzolla et nous sommes très vite devenus amis. Nous avions beaucoup de points communs, notamment nos idées politiques et nos visions sur la musique qu'il nous fallait inventer pour pouvoir exprimer nos sentiments (forcément argentins) et nos vues esthétiques de la façon la plus sincère. N'étant pas compositeur moi-même, c'est Tomas qui a écrit tout le répertoire, et comme nous ne connaissions pas d'autres musiciens susceptibles de partager notre projet à cent pour cent, nous avons fait un duo. Cinq ans plus, le contrebassiste Jean-Paul Celea nous rejoignait et naissait alors le Tomas Gubitsch Trio.
Cette expérience musicale a été une des plus fortes que j'ai vécue. C'est toujours passionnant de créer un répertoire en partant de rien, de découvrir à chaque fois une nouvelle composition et de mener le travail d'interprétation en poursuivant un idéal de perfection. Mais avec Tomas, qui est un guitariste et compositeur admirable, il y avait en plus une forte entente et en même temps une grande capacité de dialogue.
Nous avons arrêté notre collaboration en 1992, car Tomas a pris une pause pour se dédier à la composition. Mais nous pensons toujours à refaire un projet ensemble.
SB: Depuis plus de 10 ans, vous êtes le pianiste de Juan José Mosalini,
que ce soit avec son Grand Orchestre depuis 1992 ou avec son Quintet jusqu'en 1998, à la mort d'Antonio Agri. Que vous apporte le fait de jouer ce type de répertoire ?
OC: Je n'ai jamais joué dans les orchestres de tango en Argentine. On peut dire que ce n'était pas vraiment dans mes projets, car j'avais arrêté d'écouter du tango à treize ans et je n'y suis revenu que grâce à Piazzolla, mais bien plus tard, à vingt ans.
J'ai joué pour la première fois du tango traditionnel au café Les Trottoirs de Buenos Aires, à Paris, avec le bandonéoniste Cholo Montironi. C'était en 1988 et j'y ai beaucoup appris. La même année, j'ai participé à quelques représentations de “Tango, mémoire de Buenos Aires“, de Juan Cedron, où Juan José Mosalini qui était au bandonéon m'a prodigué quelques conseils. Ensuite nous avons accompagné ensemble la chanteuse Silvana Deluigi, et quand en 1992 il m'a proposé de faire partie de son orchestre, j'ai accepté l'invitation avec enthousiasme, car c'était une expérience qui m'intéressait beaucoup. C'était vraiment émouvant de faire revivre le son de l'orchestre traditionnel ici à Paris et très enrichissant pour moi du point de vue musical. Juan José Mosalini a été mon maître en tango: il compte pour beaucoup dans ma vie de musicien.
Très enrichissante également la période du quintet Mosalini-Agri, où j'ai joué pour la première fois le répertoire de Piazzolla ; j'ai beaucoup appris d'Antonio Agri, violoniste que j'admirais par ses enregistrements mais encore plus à son contact.
SB: musicargentina.com a le plaisir de distribuer votre album avec le Duo Caló/Couranjou, pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette formation ?
OC: J'ai rencontré Sébastien Couranjou à son arrivée dans l'orchestre de Mosalini, en 1993. Il avait une solide formation classique mais n'avait jamais joué du tango. Cependant, il l'a très vite adopté et deux ans plus tard nous envisagions déjà un premier projet musical ensemble. Profitant d'une invitation pour faire un concert en hommage à Piazzolla en Normandie, nous avons pensé que ça pouvait être intéressant de le faire en duo violon/piano. Après quelques essais, je me suis mis à écrire les arrangements.
Puis l'aventure continua avec une invitation à la Cumbre Mundial del Tango en Uruguay, en première partie du Quinteto Real, et un concert au Club del Vino, à Buenos Aires. Ce furent des moments très intenses pour moi, car c'était la première fois que je retournais jouer en Argentine, et aussi pour Sébastien qui faisait son premier voyage aux pays du tango.
Depuis l'enregistrement du disque, nous continuons de nous produire régulièrement en duo car c'est un répertoire qui nous tient particulièrement à coeur. J'aime beaucoup cette formation, son côté classique, mais classique pris dans le sens indémodable. Puis j'ai beaucoup de plaisir à jouer avec Sébastien Couranjou dont j'apprécie le jeu, la sensibilité et l'amitié.
SB: Et le Quintet Tiempo Sur ? Quand est-il né, quels ont été les étapes ? Dans quelle optique êtes-vous aujourd'hui
OC: Tiempo Sur a commencé à exister sous l'impulsion du bandonéoniste Victor Villena et de Sébastien Couranjou en 2000. D'abord sous la forme de quartet avec Roberto Tormo et moi-même, le quintet a pris sa forme définitive en 2001 avec l'arrivée du guitariste Alejandro Schwarz et de Mauricio Angarita qui a remplacé Roberto Tormo à la contrebasse. A côté des concerts que nous avons donné avec notre répertoire instrumental, nous avons accompagné trois chanteuses, dont actuellement Julia Migenes.
Ce quintet est pour moi le groupe idéal ainsi que le projet prioritaire. Les compositions sont d'Alejandro Schwarz, Tomas Gubitsch, Ramiro Gallo et Mauricio Angarita. Nous sommes en train de préparer le répertoire pour notre disque qui sera enregistré en 2004.
Paris, le 24 Novembre 2003
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