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Auteur: Tarantino Luis Octobre 2003 Trente années de musique dont vingt autour du monde.
Le SEXTETO MAYOR a gagné le Grammy Latino et l'a fêté avec ses amis
Il y a encore à peine deux semaines, nous fêtions avec Claudio Segovia, créateur avec Hector Orezzoli, du fameux Tango Argentino presenté à Paris dès 1983, ce spectacle qui est devenu une véritable charnière dans la diffusion de cette musique. Double célébration pour Segovia: ses soixante-dix ans et les vingt ans de son celèbre spectacle.
Nous avons été gâté, car nous avons été des témoins privilégiés du concert que le Sexteto Mayor a offert à son public : celui de Buenos Aires.
Ce groupe déjà mythique, conduit par les bandonéonistes, directeurs, compositeurs et arrangeurs José Libertella et Luis Stazo et avec les Maestros Mario Abramovich y Eduardo Walczak aux violons, Oscar Palermo piano et Osvaldo Aulicino à la contrebasse fête leur trente ans de carrière et vient de recevoir, avec leur nouvel album Homenaje a Piazzollale Prix Gardel de la Musique Argentine et à Miami le Grammy Latino du meilleur album de tango.
Rapellons-nous qu'ils furent la base musicale du spectacle Tango Argentino et ensuite de Tango Pasion, deux spectacles qui parcourent la planète avec succès.
Des mots avec José Libertella : La Passion est toujours intacte
Peu de temps après avoir su qu'ils avaient gagné le Grammy Latino, José 'Pepe' Libertella nous a confié certains aspects de son parcours, dans lequel a toujours primé le travail et le respect d'un tango où se regroupent la tradition et l'évolution savante.
-JL:"Nous sommes très heureux d'avoir eu ce Grammy, qui peut être est du à notre carrière, à notre travail. Nous ne savons jamais pourquoi on nous donne un prix. Si nous le méritons ou pas. Mais quand ils arrivent, il faut les accepter" - il nous dit cela tout en préparant le répertoire du prochain concert.
Ils présentent le travail avec lequel ils ont obtenu le Prix Grammy Latino et auparavant le Prix Gardel, Homenaje a Piazzolla et Pepe nous dit: "Ce CD n'a pas été pensé comme un hommage à Piazzolla mais il a fini par en devenir un car nous avons utilisé la formule de toujours. Nous pensons que Piazzolla est la deuxième partie du tango et il y en a une première. Dans nos concerts, avant de jouer du Piazzolla, nous avons une partie que nous nommons en arrivant à Piazzolla. Piazzolla n'est pas né de la genération spontanée, c'est une conséquence du tango. Alors, ce CD a une première partie avec des thèmes traditionnels adaptés à notre époque et ensuite du Piazzolla, donnant à ce travail une profondeur particulière. Le disque devient de plus en plus dense et rentre dans ces climats que Piazzolla a su écrire comme personne".
Quelques heures plus tard, une tempête secoua Buenos Aires. Le 'Teatro ND Ateneo' était plein à craquer, il y avait du monde jusque dans la rue. Il y a eu une coupure d'électricité, et pendant qu'apparaissaient des petites lumières dans le théâtre, on entendit Libertella dire: "Mais c'est bien, nous allons jouer sans la sono, on va jouer acoustique, je prefère, nous l'avons déjà fait ailleurs".
Mais le courant revint et la fête commença.
Le concert, que le public parisien aura le plaisir de retrouver fin 2003 au Théâtre des Champs Elysées à Paris, commence justement avec une œuvre du même Libertella, qu'il dédia au Festival d'Automne de Paris en 1983 avec Tango Argentino: París Otoñal.
Ensuite, il y a une version instrumentale d'un grand tango de Juan Carlos Cobián Nostalgias, puis des hommages aux amis qui les accompagnent avec leurs créations comme Julián Plaza avec sa milonga Nocturna, au grand violoniste Enrique Mario Francini dans l'hommage écrit pour Abramovich et Stazo: Preludio a Francini et au grand pianiste Osmar Maderna dans sa fantaisie du tango Lluvia de Estrellas.
Quelques heures plus tôt, Libertella a parlé du repertoire et de la conduite de l'artiste. "Pendant toute notre carrière, nous avons fait un répertoire qui n'était pas uniquement pour faire plaisir au public, jamais nous n'avons fait des disques pour vendre. Une fois, le grand Martín Darré (compositeur, arrangeur directeur) m'a dit: 'Regarde, Libertella, l'artiste, le musicien populaire a deux missions : servir le public et l'orienter. Je vous donne un exemple: D´Arienzo le sert et Piazzolla l'oriente'. Dans ce disque, nous avons ces deux points forts du travail de l'artiste."
Le Sextet continue à jouer, produisant ce son compact et donnant un cours magistral dans l'interprétation. 100% tango entre la maestria musicale et la 'sauvagerie ancestrale'.
Ils ons joué une valse : Desde el Alma, hommage à cette colonne vertébrale du tango : Anibal Troilo. Tant de thèmes forts, d'hommage aux artistes de l'histoire de notre musique.
Libertella : "Ce CD est fait avec notre sang, aucune maison d'édition n'était intéressée. La première fois, nous avons imprimé mille CDs, de notre poche. Maintenant, il est édité ici en Argentine, il a gagné le Gardel et le Grammy. Nous savons n'avoir jamais été les favoris des musiciens d'école mais dès nos débuts, nous avons connu des succès d'interprétation. Nous ne sommes pas des révolutionnaires, mais nous soignons la valeur de l'interprétation. Une fois, Arturo Toscanini a dit: 'L'étape de la création est finie, maintenant arrive celle de l'interprétation'. J'adhère partiellement à l'opinion de Toscanini car je ne pense pas que l'étape de la création est terminée. Piazzolla l'a si bien démontré".
Quand il parle de créations, le concert rentre dans une phase chaude de définitions, avec une version d'un classique d'Horacio Salgán A Fuego Lento du Marrón y Azul de Piazzolla. Ensuite tout le talent du Sexteto Mayor : Tango del Angel, Libertango, Los Pájaros Perdidos, Milonga Carrieguera, La Bicicleta Blanca, Verano Porteño, Tangata, una selección que incluyó Prepárense, Triunfal, Fuga y Misterio , Invierno Porteño et “Adiós Nonino”.
A la fin, le Sextet est ovationné, le public debout, la salle en fête.
Et Pepe continue : "Piazzolla a créé une œuvre merveilleuse, nous devons l'interpréter, lui donner la valeur qu'elle a. Aucun d'entre nous ne peut vivre ailleurs qu'à Buenos Aires mais nous sommes un pays jeune, qui doit grandir, et nous avons beaucoup à apprendre des autres. Notre musique n'est pas inférieure aux autres. Mais si nous avons gagné ce Grammy, c'est peut être parce que nous nous sommes impliqué corps et âme pour jouer du tango. Maintenant nous sommes en train d'éditer un album double avec les trente années du Sexteto et en Europe les gens attendent beaucoup de nous.
Fête totale, effacement du temps et de l'espace, qualité de cet art de se donner ainsi. L'art du tango. Et le Sexteto Mayor est un de ses meilleurs ambassadeurs.
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