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Anja Rockstroh pour la nouvelle usine de bandonéons

La fabrication des bandonéons dans cette usine en Allemagne s’est arrêtée en 1942 en raison de la seconde guerre mondiale. Elle a repris ensuite, puis a été expropriée en 1948 et en 1952, elle a intégré la “Klingenthaler Harmonikawerke“ et la fabrication des bandonéons s’est définitivement arrêtée à Carlsfeld en 1964.

A cette époque en Argentine, plus personne n’achète de bandonéons et tout le monde écoute les Beatles.

Depuis quelques années, plusieurs tentatives de nouvelles fabrications ont eu lieu avec plus ou mois de succès, mais il semble que ceux qui ont essayé ces nouveaux instruments, considèrent que ça ne vaut même plus la peine d’acheter de vieux instruments que l’on doit réparer alors que ceux-ci sont neufs et avec un son vraiment exceptionnel.
Rencontre avec Anja Rockstroh, une allemande passionnée qui a repris la fabrication de bandonéons et qui permet enfin à cet instrument de poursuivre son aventure musicale dans la plus pure tradition des légendaires Alfred Arnold (les fameux « doble A“).

Une petite révolution pour ceux qui en rêvaient !
SB: Depuis combien d’années les bandonéons n’étaient plus fabriqués et quelle a été votre motivation ?

Les instruments n’ont pas été fabriqués sous cette forme depuis environ 40 ans. Je trouve important qu’une telle tradition soit perpétuée. Bien sûr, ce qui nous a poussé à refabriquer des bandonéons est aussi l’amour que nous vouons au tango. Personnellement, j’aime le son de cet instrument et son histoire passionnante.
B: Comment et combien de temps avez-vous mis pour atteindre la qualité d’aujourd’hui ? Quel matériau ancien et nouveau utilisez-vous ?

Nous avons mis environ quatre ans, avec des hauts et des bas. Nous utilisons exclusivement des matériaux traditionnels pour fabriquer nos instruments. Les éléments les plus importants sont les lames et les peignes porte-lames. Nous avons réussi à nous procurer le même zinc qui était utilisé autrefois et à influer ainsi de façon décisive sur la qualité des instruments.
SB: Comment se sont déroulées les différentes étapes entre l’idée de refabriquer et la possibilité aujourd’hui de proposer de nouveaux instruments ? 

Nous avons analysé pendant plusieurs mois tous les matériaux, et acheté un très bon ancien bandonéon pour en mesurer toutes les parties. Puis nous nous sommes procurés les outils nécessaires à la fabrication. Comme je l’ai déjà mentionné, cela nous a pris beaucoup de temps, et plusieurs fois, nous pensions ne pas pouvoir mener à bien notre projet. Dans ces moments de doute, Rocco Boness, un bandonéoniste allemand, nous a beaucoup soutenus. Il est également un accordeur et restaurateur de bandonéons reconnu. C’est ainsi que nous nous sommes peu à peu approchés du but. Chaque bandonéon est garantit deux ans et peut être personnalisé.
SB : Pouvez-vous me décrire les lieux ? Peut-on venir vous voir ?

Il s’agit d’une ancienne fabrique à Klingenthal. L’usine est une ancienne propriété de la famille, où des instruments de musique étaient déjà fabriqués avant la guerre par mes ancêtres. Klingenthal se trouve au Centre-Est de l’Allemagne, dans le « Vogtland ». Cette petite ville est aussi réputée pour les possibilités qu’elle offre aux amateurs de sports d’hiver.

Nous nous réjouissons de toute visite à notre usine. Vous nous y trouverez du lundi au vendredi de 7 heures à 17 heures. Notre site Internet, www.bandonion-carlsfeld.de  contient entre autres un plan d’accès à notre fabrique.
SB: Combien êtes-vous à travailler et quels sont vos rôles dans cette équipe ?

En ce moment, nous avons quatre employés. Quant à moi, je suis responsable du service commercial.
SB: Allez-vous faire des présentations dans d’autres pays ?

Je vais essayer de faire connaître nos instruments dans tous les pays où l’on joue le bandonéon, et je souhaiterais que nos instruments soient reconnus et joués dans le monde entier. Je vais toujours me battre pour cela et espère ainsi que l’histoire du bandonéon continuera de s’écrire.
SB: Quels sont actuellement vos « ambassadeurs“, autrement dit, quels sont les musiciens qui vous ont déjà achetés des bandonéons ?

Nous avons effectué de nombreuses recherches sur le bandonéon ces dernières années. Depuis environ sept mois, nous avons enfin un bandonéon qui sonne comme les anciens instruments. Nous avons dû parcourir un long chemin pour en arriver là. Il nous semble important de tisser des liens étroits avec les Conservatoires de Musique de France et des Pays Bas, pour que leurs élèves achètent nos bandonéons. Ces derniers mois, de nombreux bandonéonistes de renom ont testé nos instruments (Marcelo Nisinman, Carel Kraayenhof…). L’un des musiciens les plus connus qui a acheté un bandonéon chez nous est Victor Villena, qui vit à Paris.

SB: Avez-vous un lien personnel avec l’Argentine ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer Julia Pugliese (la veuve d’Osvaldo Pugliese) lors d’un concert à Rotterdam. Elle s’est montrée très enthousiaste lorsqu’elle a écouté l’un de nos instruments, fabriqué comme les anciens Alfred Arnold. J’ai rencontré au même endroit Color Tango, à qui l’idée a beaucoup plu également. Je vais me rendre dans tous les cas en Argentine cette année, pour y contacter les professionnels et leur présenter les instruments.

SB: Combien de bandonéons différents y-a-t-il ?

Nous avons deux modèles argentins, 110 (pour enfants) et 142 (diatonique traditionnel), deux modèles chromatiques, 148 et 146 et un modèle Concertina 106 de Carlsfeld.
SB: Y-a-t-il des allemands qui vous en achètent ? La tradition allemande avec le bandonéon va-t-elle bénéficier de l’élan de cette nouvelle fabrication ? 

Pour moi, il est surtout important que les solistes et virtuoses de la scène du tango redécouvrent l’instrument. Nous serons cette année aussi au Salon de la Musique à Frankfort, du 6 au 9 avril, dans le hall 3.1, stand f 20.
SB: Avez-vous l’intention de vous rendre en Argentine ? 

Oui, j’irais en décembre avec l’Orchestre de Rotterdam, pour présenter nos bandonéons en Argentine, le jour même où nous célèbrerons les 100 ans de la naissance d’Osvaldo Pugliese au Théâtre Colon.
Interview réalisée et traduite de l’allemand par Anna Guyenot le 11 février 2005 à Rotterdam pour Solange Bazely

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