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Franco Luciani – Un souffle pour le tango

dans la tradition du grand Hugo Diaz
Pour la plupart des gens, l’harmonica est perçu comme un instrument mineur. Quand nous avons la chance d’écouter des grands interprètes de ce ‘petit-grand-instrument’ nous sommes surpris et il est ainsi possible de constater que cette idée sur l’harmonica est complètement erronée.

Pour ce qui concerne les musiques argentines nous trouvons peu d’interprètes d’harmonica; bien que nous ayons quelques harmonicistes qui interprètent des pièces du répertoire du folklore; dans le tango et grâce à Hugo Diaz cet instrument a aussi trouvé une place.

Quand j’ai entendu pour la première fois Franco Luciani en concert, dans la ville d’Albi un certain octobre 2010, j’ai été fortement touché par le talent de l’artiste et ce qu’il réussissait à obtenir avec son harmonica. Ce fut à peu près pareil pour le public qui partageait avec moi cette soirée; je fus fasciné par cette prestation et il m’est venu à l’esprit que l’harmonica ne peut qu’embellir cette musique passionnante qu’est le tango argentin.

Au tout début de l’histoire du tango il y a eu des instruments à vent: la flûte, le peigne, jouée par quelques musiciens d’alors; l’harmonica a fait aussi partie de ces temps premiers. Lorsque l’on joue des tangos avec cet instrument, avec la grâce et le talent d’un Hugo Diaz, d’un Franco Luciani, nous sommes en droit de nous demander: pourquoi nous n’entendons pas cet instrument au sein des orchestres qui ont fait et ont développé le tango ?

Il y a eu, et il y a encore, une certaine dévalorisation de l’harmonica, me dit Franco Luciani dans un vieux café de Buenos Aires. Cela peut paraître tout bête, mais le prix lui-même, si faible par rapport au prix d’autres instruments, joue en sa défaveur. Par ailleurs le gens ne savent pas qu’un harmonica, même d’excellente qualité, a un temps de vie très court. Moi, j’utilise différents types d’harmonica, de préférence chromatique</i>

Franco Luciani est un digne successeur d’Hugo Diaz, il peut sans doute être placé près du grand Maestro. Comme celui-ci, son identification, son inquiétude, est celle d’interpréter l’ensemble du spectre musical argentin. C’est pourquoi dans ses performances et dans sa discographie, nous trouvons, à côté des tangos, des thèmes du folklore argentin.

FL: Il est incorrect de dire qu’il y a une fracture, une cassure, une séparation entre le tango de Buenos Aires et les autres rythmes du pays. Le lien ne se trouve pas uniquement entre le tango et la milonga des campagnes argentines, mais bel et bien aussi dans certains rythmes du nord-est argentin, comme la ‘guaraña’ d’origine ou d’influence paraguayenne que quelques historiens du tango considèrent comme une sorte de rythme précurseur du tango

Quand il m’arrive de parler avec des musiciens argentins, jeunes et moins jeunes, il apparaît avec clarté, la volonté de ne pas séparer le tango de l’espace des musiques argentines. Ceci est bien salutaire, ainsi que raisonnable. Buenos Aires s’est mis volontairement, et ceci depuis le 19ème siècle, au dessus du reste du pays. Un centralisme qui a causé beaucoup de dégâts et tant de mésententes.

Bien que le tango soit une musique rioplatense’ qui nous arrive des quartiers pauvres du Buenos Aires des années 1870, un Buenos Aires mi-ville, mi-campagne, il n’est pas moins le fruit de la rencontre de tant de rythmes argentins et d’autres qui arrivèrent par la suite. Le tango a répondu à cette Argentine qui changeait avec l’immigration.

FL: J’aimerais que nous, musiciens argentins, essayions de faire sentir au public international, cette dimension, cette réalité, celle d’un espace musical argentin qui regroupe et rassemble les rythmes urbains avec ceux de l’intérieur du pays. C’est la raison pour laquelle, même dans un concert dédié au tango, j’incorpore des chacareras, des litoraleñas…. Je voudrais toujours pouvoir faire cela, faire écouter cette formidable diversité qu’est notre patrimoine.

Bien que jeune musicien, Franco Luciani a déjà une carrière bien remplie. En 2002 il est consacré en tant que la Révélation du Festival de Cosquin, le plus important festival latino-américain de folklore, qui va fêter ces 50 ans en 2012. Il a joué avec des artistes de grand prestige comme Mercedes Sosa, Gotan Project, Jaime Torres, Leon Gieco…. Il a été aussi primé en 2010 dans l’Edition d’or du Festival qui confirme sa consécration de « Révélation 2002 ».

FL: Ce que je trouve d’extraordinaire dans l’harmonica est sa capacité d’adaptation à de nombreuses situations et en même temps cette exigence que je perçois quand je dois savoir comment jouer en accompagnant un piano, des cordes ou un bandonéon.
J’ai découvert, poursuit Franco, que l’harmonica est un instrument fabuleux et qui s’adapte parfaitement aux musiques d’Argentine. Les possibilités qu’il offre semblent correspondre aux ponctuations propres aux rythmes de mon pays, dans lesquels j’inclus, bien entendu, le tango. L’harmonica a une extraordinaire élasticité, elle permet un panel incroyable de nuances.

BN: Comment fais-tu pour porter à l’harmonica les partitions qui n’ont pas du tout été écrites pour cet instrument ? Le travail d’arrangement doit être très important.

FL: Oui, bien sûr, il faut faire toutes les adaptations nécessaires, mais ensuite, quand on joue, presque tout se trouve dans l’interprétation que le musicien réalise.

Franco Luciani a enregistré plusieurs CD’s, en différents formats (duo, quartet…). Il possède une solide formation académique. Lors du prochain Festival International de Tango à Tarbes il va se produire en Trio; une exceptionnelle occasion de prendre connaissance de ce magnifique artiste et de ce que l’harmonica apporte au tango argentin.

Bernardo Nudelman

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